À la UnePC et périphériques

Les Olmèques : lumière sur l’âge d’or mésoaméricain avec Steve Bourget

271views

L’exposition « Les Olmèques » qui se tient actuellement au musée du quai Branly rassemble des centaines de pièces encore jamais vues en Europe. Témoins d’une civilisation passée, ces objets racontent une histoire riche et enrichissante : celle des premières sociétés complexes d’Amérique du Sud.

Explorez les interviews de chercheurs, photographes, voyageurs témoins d’un monde qui change sous le joug du réchauffement climatique.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Archéologie : découvrez le passionnant travail de l’anthropologue  Lors de recherches archéologiques, il n’est pas rare de trouver d’anciens sites d’inhumation. Ces tombes renferment en général de nombreux indices et témoignages des civilisations passées que l’anthropologue saura interpréter précisément. L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) nous parle de son travail au cours de cette courte vidéo. 

L’exposition « Les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique » se tient actuellement au musée du quai Branly – Jacques Chirac, splendide écrin conçu par Jean Nouvel, rassemblant dans son cadre de verdure dessiné par Gilles Clément, les objets d’art, d’artisanat et rituels des cultures du monde entier. Fidèle à ses standards d’exigence et de qualité, le musée rassemble une fois encore des pièces exceptionnelles, dont plusieurs centaines dévoilées pour la première fois en Europe.

Nous sommes allés converser avec le commissaire associé de l’exposition, Steve Bourget, responsable de collections Amériques au quai Branly, et spécialiste en archéologie des sociétés complexes, afin qu’il nous en dise un peu plus sur cette société souvent oubliée du grand public qu’est celle des Olmèques.

Commençons par le commencement : qui étaient les Olmèques ?

Steve Bourget : La culture olmèque – du mot Olmán, « pays du caoutchouc » – s’épanouit au cours des deux millénaires qui ont précédé le début de l’ère chrétienne, dans la plaine côtière au sud des États actuels de Veracruz et de Tabasco. Lieu des débuts de la vie villageoise et de l’urbanisation citadine, leur développement marque l’apparition des sociétés complexes. Ils sont les architectes des premiers grands centres cérémoniels, dont la première pyramide au site de La Venta, vers 800 avant notre ère.  La civilisation olmèque — et celles qui l’ont suivie — s’illustre par la multiplicité de ses traditions artistiques, des croyances ou encore de ses langages, ainsi que l’illustre l’exposition.

Quelles circonstances ont permis l’émergence de cette civilisation aussi riche et cosmopolite ?

Steve Bourget : La région du golfe du Mexique constitue un important lieu de rencontres, d’échanges et de brassage culturel et ce, pendant près de trois millénaires. Elle développe un niveau important d’interactions avec des régions voisines, au nord, au sud et à l’ouest. Cela tient notamment à l’écologie de la région et aux caractéristiques de la plaine côtière où l’on trouve de nombreux fleuves, rivières, lagunes d’eau douce et côtières qui facilitent les déplacements par voie d’eau.

Ces relations sont, par exemple, mises en évidence par la présence de nombreuses langues étrangères à la région avant d’être largement adoptées. Divers éléments de la culture matérielle démontrent également la présence de ces interactions, notamment dans l’art monumental et les styles architecturaux. La sculpture, la céramique et certains motifs iconographiques laissent percevoir eux aussi l’influence de cultures étrangères dans la région du golfe.

Selon vous, pourquoi les Olmèques sont-ils moins connus du grand public ?

Steve Bourget : Les cultures du golfe du Mexique, aussi exceptionnelles soient-elles, sont finalement assez méconnues du grand public, contrairement à d’autres très anciennes elles aussi. Je pense notamment aux civilisations aztèques ou maya qui, mises en lumière par les voyages et expéditions des XVIIIe et XIXe siècles, circulent dans nos imaginaires depuis des centaines d’années. À l’inverse, les cultures les plus anciennes du golfe du Mexique ont été récemment dévoilées par des fouilles archéologiques, au début du XXe siècle.

Les têtes colossales olmèques, dont il est possible d’observer un exemple au cœur de l’exposition et une reproduction installée de façon permanente dans les jardins du musée du quai Branly, sont iconiques de l’art olmèque. Pourriez-vous nous en dire plus sur ces têtes et ce qu’elles nous apprennent de leur société ?

Steve Bourget : Les têtes colossales olmèques sont certainement parmi les objets les plus emblématiques de cette civilisation. Il est possible que ces têtes, placées en des endroits stratégiques du centre cérémoniel, servaient à la fois à commémorer les précédents dirigeants et à reconnaître l’autorité de celui qui était au pouvoir. Sur les dix têtes colossales retrouvées sur le site de San Lorenzo, celle présentée au musée, dans le cadre de l’exposition, est la plus petite mais la mieux préservée, avec une hauteur de presque 180 cm !

Des centaines de pièces vont, pour la première fois, être exposées en Europe grâce au concours du Musée national d’anthropologie au Mexique. Comment votre regard d’archéologue a-t-il influencé la façon dont vous avez souhaité structurer cette exposition ?

Steve Bourget : La Venta, Laguna de Los Cerros, Zazacatla, San Lorenzo, El Manati… Les objets que les visiteurs découvriront proviennent de sites qui ont été l’objet de missions archéologiques échelonnées depuis le siècle dernier. Ce que je veux dire par là, c’est que l’on ne part jamais de rien. La production scientifique est dense et massive et nous ne sommes jamais démunis devant les œuvres.

Penser une exposition suppose en revanche d’avoir infirmé ou affirmé des hypothèses et d’arrêter la montre à un moment donné. Cela demande aussi et surtout d’accommoder son regard. L’on doit traduire, rendre intelligible, un discours complexe sur les œuvres et objets exposés. Le plus difficile n’est pas de penser l’exposition mais de la penser en fonction du public, c’est-à-dire de penser ce que va penser le futur visiteur. L’on sait que l’on a réussi une exposition lorsque le public en sort avec le goût de savoir, de connaître et de découvrir !

Découvrez l’exposition « Les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique » jusqu’au 25 juillet 2021 au musée du quai Branly – Jacques Chirac, et profitez-en pour vous aventurer — pour la première ou pour la millième fois — dans les espaces fabuleux de ce lieu exceptionnel, recueillant une diversité culturelle rarement contemplée dans nos livres d’Histoire et nos musées centrés sur l’Occident. Des mesures sanitaires ont été mises en place afin de garantir le confort et la sécurité des visiteurs.

Intéressé par ce que vous venez de lire ?

Via futura-sciences.com

Leave a Response