À la UneCoronavirusPC et périphériques

Covid-19 : de nouvelles données sur l’immunité

140views

Une récente étude islandaise vient ajouter une pierre à l’édifice de notre connaissance concernant la réponse immunitaire humorale contre le SARS-CoV-2.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Coronavirus : la perte de l’odorat serait finalement un symptôme rassurant  La perte de l’odorat est l’un des symptômes les plus fréquents de la Covid-19. Mais il est plutôt le signe d’une forme légère de la maladie, montre une nouvelle étude. 

Ce nouveau virus est arrivé avec son lot de nouvelles questions. Et le temps de la recherche est, malheureusement, long. Pour répondre à des questions complexes, il faut réaliser des expériences et que celles-ci soient répliquées, récolter des données provenant de grands échantillons dans diverses populations et faire attention aux biais de nos interprétations hâtives. 

L’une de ces questions était celle de l’immunité humorale. C’est une variable des plus cruciales à identifier pour résoudre plusieurs questions comme la possibilité d’une seconde vague, d’une ré-infection au SARS-CoV-2 ou la faisabilité d’un vaccin ciblant cette immunité. Au début, nous ne savions pas grand chose. Désormais, comme il est détaillé dans notre précédent article ci-dessous, nous en savons beaucoup plus. De nouvelles données islandaises publiées dans le New England Journal of Medicine et américaines publiées dans Science ainsi qu’une récente communication britannique parue dans le British Medical Journal viennent s’ajouter à ce que nous savons déjà. 

Une immunité bien présente

Dans l’étude islandaise, chez plus de 30.000 personnes, les chercheurs ont analysé la réponse immunitaire humorale à l’aide d’échantillons de patients. Les échantillons testés provenaient de 1.237 personnes contaminées par le SARS-CoV-2 (diagnostic confirmé par test PCR) ayant guéri, 4.222 cas contacts placés en quarantaine et 23.452 personnes non exposées au virus. Les individus ayant guéri de la Covid-19 étaient 91,1 % à être séropositifs. Cela veut dire qu’ils ont bien produit des anticorps spécifiques au SARS-CoV-2 et qu’ils peuvent, en théorie, faire face à une nouvelle infection sans crainte, même si des cas de deuxième infection, parfois plus graves, ont été recensés. Dans cette population, le taux des anticorps en question a augmenté, puis a atteint un plateau deux mois après l’infection et est resté constant jusqu’à quatre mois après cette dernière. Parmi les personnes cas contacts, seulement 2,3 % étaient séropositives. Ce chiffre tombe à 0,3 % chez les personnes non exposées au virus. 

Dans l’étude américaine, chez plus de 30.000 individus testés positifs au SARS-CoV-2 (avec plus de 40.000 autres servant de contrôle), les anticorps étaient également présents chez 90 % d’entre eux, et le taux restait intact pendant cinq mois. Ces données sont concordantes avec celles de l’étude islandaise. Dans la communication britannique, dont les résultats n’ont pas pas encore fait l’objet d’une publication, c’est la réponse immunitaire cellulaire qui est étudiée. Cette dernière durerait au minimum six mois. L’expérience a été réalisée chez 2.000 personnes dont 100 étaient positives au SARS-CoV-2. La puissance de cette réponse serait corrélée à la sévérité de la maladie selon les auteurs. Ces données sont pour le moins rassurantes parce qu’elles démontrent qu’une immunité solide se développe après l’infection chez la majorité des personnes. La question de la longévité, un peu moins obscure, inquiète toujours autant.

Des facteurs modulant le taux d’anticorps 

Nous ne sommes pas égaux concernant la réponse immunitaire. Beaucoup de variables, notamment génétiques, mais aussi environnementales, entrent en jeu. Dans la cohorte islandaise, les taux d’anticorps étaient plus élevés chez les personnes âgées et chez les patients hospitalisés. Cela suggère que la gravité de la maladie et le nombre de symptômes jouent un rôle dans la fabrication de notre immunité contre le virus. De même, les femmes ont un taux plus faible d’anticorps dirigés contre la protéine de pointe du nouveau coronavirus. Enfin, d’autres conditions préexistantes joueraient un rôle sur l’immunité humorale. Les patients fumeurs, ayant un indice de masse corporelle faible ou sous anti-inflammatoires ont des niveaux d’anticorps plus faibles que les autres. 

Les investigateurs rappellent qu’une expérience a démontré que l’infection est protectrice chez les macaques rhésus mais que, à l’heure actuelle, de telles preuves n’ont pas été obtenues chez l’être humain. En Islande, à l’aide de leurs données, les auteurs estiment que seulement 0,9 % de la population a été infectée. Dès lors, ils concluent ainsi que « indépendamment de la relation ou de l’absence de relation entre la séropositivité contre le SRAS-CoV-2 et la protection contre la réinfection, la faible séroprévalence des anticorps anti-SARS-CoV-2 en Islande indique que la population islandaise est vulnérable à une deuxième vague d’infection ».

En France, si l’on considère le nombre de contaminations recensées, qui est inférieur au nombre de contaminations réelles, seulement 2 % de la population aurait été contaminée. L’immunité collective n’étant pas une stratégie acceptable même si elle fonctionnait (et de fait, pour les coronavirus, elle semble obsolète étant donné la courte durée de l’immunité conférée par l’infection naturelle), la seule solution pour ne pas subir d’autres vagues épidémiques reste la découverte d’un vaccin efficace et sûr.

Pour en savoir plus

Coronavirus : l’évolution de l’immunité après l’infection

Par Julie Kern, le 09/10/2020

Comment réagit le système immunitaire lorsqu’il doit combattre le coronavirus ? Deux scientifiques ont épluché la littérature pour établir un schéma qui résume la dynamique des effecteurs de l’immunité adaptative.

La question de l’immunité engendrée par le coronavirus SARS-CoV-2 défie encore les scientifiques. Deux médecins, l’un de l’université Emory d’Atlanta, l’autre du Fred Hutchinson Cancer Research Center de Seattle, se sont plongés dans la littérature scientifique récente pour essayer de faire émerger un schéma général de l’immunité adaptative déclenchée par le SARS-CoV-2 et son évolution au cours des semaines. Leur point de vue a été partagé par Jama.

Les lymphocytes en ordre de bataille contre le coronavirus

Les symptômes de la Covid-19 apparaissent entre 7 et 10 jours après l’infection effective par le SARS-CoV-2. Mais le système immunitaire organise déjà la contre-attaque. Les lymphocytes T, spécifiques du SARS-CoV-2, commencent à proliférer dès les premiers jours de l’infection. Les lymphocytes T CD4+, qui agissent comme des chefs de guerre et polarisent la réponse immunitaire, atteignent leur pic environ une semaine après les premiers symptômes ; les lymphocytes T CD8+, qui par leur action cytotoxique détruisent les cellules infectées, sont les plus nombreux entre la première et la deuxième semaine des symptômes.

Les plasmocytes, les cellules qui produisent les anticorps, interviennent plus tardivement. Et pour cause, les lymphocytes B de l’organisme sont encore naïfs, ils n’ont jamais rencontré les antigènes du SARS-CoV-2. Une fois les présentations faites, les lymphocytes entrent en expansion clonale et vont subir plusieurs étapes jusqu’à devenir matures : d’abord en plasmoblastes, qui prolifèrent dès l’apparition des symptômes, puis en plasmocytes producteurs d’anticorps anti-SARS-CoV-2.

Parmi le pool de lymphocytes B ayant rencontré l’antigène, certains ne se transforment pas en plasmocytes, mais en cellules B mémoires. Si le même pathogène entre à nouveau dans l’organisme, ces cellules mémoires se différencieront tout de suite en plasmocytes. Ces soldats de réserve sont les plus nombreux environ deux semaines et demie après l’apparition des symptômes.

L’assaut des anticorps spécifiques du SARS-CoV-2

Les anticorps anti-SARS-CoV-2 atteignent leur maximum quatre semaines après l’apparition des symptômes. Il s’agit alors essentiellement d’IgM, IgA et d’IgG. La production d’IgG va encore augmenter tandis que les IgM et A vont progressivement disparaître. Sept semaines après l’apparition des symptômes, les plasmocytes ne produisent pratiquement que des IgG pour se défendre contre le coronavirus.

Dès lors, les IgG vont progressivement disparaître pour atteindre une concentration basale faible environ cinq mois après l’apparition des symptômes. Cette armée dressée contre le SARS-CoV-2 entre alors en sommeil et ne se réveillera que si une seconde infection par ce même pathogène a lieu.

Ce schéma général décrit l’évolution de l’immunité pour les patients ayant développé des formes de Covid-19 modérées, et désormais guéris. Il ne prend pas en compte les dérégulations du système immunitaire pouvant être associées à des formes sévères, ni la réponse immunitaire des personnes asymptomatiques. De plus, seul l’immunité adaptative est prise en compte dans ce schéma.

Intéressé par ce que vous venez de lire ?

Via futura-sciences.com

Leave a Response